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Monday, 11 January 2010

REVUE DE WEB sur la RUSSIE

Tout ce que vous ne devez pas rater sur la RUSSIE cette semaine !



Actualités :

- La reprise du trafic aérien entre la Géorgie et la Russie.

Un avion de la compagnie Georgian Airlines s’est posé depuis la première fois depuis août 2008 sur le sol moscovite. Une sacrée amélioration dans la vie quotidienne des Géorgiens, mais aussi des Russes. Les vols devraient se poursuivre : cinq ont déjà été programmés jusqu'à fin janvier. Un petit pas en avant… à ne pas confondre avec une main tendue. Le Kremlin refuse toujours de se réconcilier avec Mikhaïl Saakachvili, le président géorgien, qui accumule les provocations (« [les Russes] sont nos ennemis ! ») ou encore déboulonne les Monuments soviétiques à la mémoire des soldats tués… Aucun contact officiel n’est prévu, tant que Saakachvili sera au pouvoir – a prévenu Medvedev.

Vous avez zappé un épisode ? En 2006, la Géorgie expulse deux officiers russes soupçonnés d'espionnage. En représailles, la Russie coupe toute liaison ferroviaire, routière ou aérienne avec la Géorgie. Un embargo sur le vin géorgien (dont 80% était vendu en Russie) est voté, et les transferts d'argent sont interdits entre les deux pays. 2 000 Géorgiens auraient été arrêtés puis expulsés depuis. Une situation politique tendue, non sans importantes conséquences économiques.
Scène finale : août 2008, la guerre d'Ossétie du Sud éclate. La suite, vous la connaissez déjà... Mais vous pouvez toujours approfondir vos connaissances ici.

- Le Daghestan, à feu et à sang.

Mercredi 6 janvier 2010, c'est plus de vingt civils et six policiers qui ont trouvé la mort dans un attentat suicide. Pour Medvedev, le seul remède à cette violence endémique qui ensanglante le Daghestan, c'est l'éradication pure et simple : "Il faut tout simplement éliminer ces bandits, le faire fermement, le faire systématiquemement, avec régularité, car malheureusement, le maquis caucasien est toujours vivace", déclare le président russe.
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le FSB annonce dimanche soir avoir abattu deux chefs rebelles et plusieurs de leurs partisans. Marat Kourbanov, celui qu'on surnommait "l'Emir du Daghestan", fait partie des morts.
Euronews offre ici un résumé simple sur une situation compliquée.
Et sur un ton plus léger, Aysor.am nous apprend qu'une chaîne pancaucasienne a vu le jour cette année. Selon la rumeur, la directrice n'est autre que Alla Doudaeva, veuve du premier président tchétchène, Djokhar Doudaev... Un choix intriguant.

- Carrefour quitte le marché russe !

- 2010 commence. C'est l'heure de faire le bilan des "mensonges russophobes" pour Alexandre Latsa... ou de faire des pronostics pour le journal russe Izvestia, ici traduit par Courrier International.

- Plus question pour les Russes de manger du poulet yankee ! Le Kremlin imite l'UE et refuse l'importation du "poulet au chlore" américain. Jusqu'à présent, 35% de la fière volaille provenait des Etats-Unis. Un coup dur pour ces derniers qui préviennent que "les relations entre les Etats-Unis et la Russie pourraient souffrir de [cette] interdiction." En attendant de voir la guerre froide des poulets éclater, voici une petite recette de "Poulet à la russe". Приятного аппетита! [Bon appétit !]


Côté Cinéma :

- (en anglais) Une interview intéressant de Michael Hoffman, réalisateur du film The Last Station qui portera sur la vie de Léon Tolstoï.

- Ivan le Terrible, super-production russe de Pavel Lounguine, sortira sur nos écrans le 13 janvier. Un film à ne pas rater ! En attendant, délectez-vous avec sa bande-annonce...


Objets trouvés :


- Les nouveaux Russes, vous en entendez parler mais vous n'en avez jamais vu...Venez visiter la maison de Igor Korolevich et Nadejda Kadishevaya. (âmes sensibles s'abstenir)

- Après avoir skié ensemble, Poutine et Medvedev partage une virile tasse de thé... Yeux dans les yeux, moufle dans la moufle, tout va bien pour l'aigle bicéphale russe.


A ne pas manquer dans les kiosques :

- L'Express publie un spécial Culture Russe. Des articles passionnants, mais aussi une bonne surprise : un DVD contenant un reportage sur Poutine, avec aussi certains goodies comme le clip Takogo kak Putin ("Un homme comme Poutine").

- Le Courrier International traduit un excellent article du magazine russe Itogui sur les angoisses et phobies de la nouvelle bourgeoisie en Russie.

Bonne nouvelle de la semaine :

- L'année de la Russie en France commence ! Votre programme : ici, et zdes. Mais surtout, sur mon blog, puisque je ne compte pas en rater une miette !


LE rendez-vous russe de la semaine :

- Au Balzac, concert avec le Cabaret Slave, repas avec Petrossian et projection du film : Nuit de carnaval, 1956 (Карнавальная ночь) de Eldar RIAZANOV...
Quand ? Mardi 12 janvier, de 18h30 à minuit.
Où ? Au Cinéma Balzac, 1 rue Balzac 75008 Paris

Saturday, 28 November 2009

La stratégie énergétique de Poutine, financée par la France et l’UE

C’est un grand coup que s’apprête à frapper Vladimir Poutine. Alors que l’Union Européenne n’a toujours pas de stratégie énergétique claire, il lui propose de se rallier à celle de la Russie, qui serait pilotée par Gazprom… mais financée par l’UE.

Une proposition osée et pourtant immédiatement encensée par l’Union Européenne. La France, elle non plus, n’a pas résisté aux sirènes de la realpolitik énergétique. Vladimir Poutine, à Paris jeudi et vendredi, peut en être certain : sa visite sera fructueuse en contrats sonnants et trébuchants.

C’est GDF Suez qui a ouvert le feu : la multinationale française souhaite acquérir jusqu’à 9% du gazoduc North Stream, l’un des deux projets de Gazprom. Quant à Henri Proglio, l’actuel PDG d’EDF, il ne dirait pas non à 10% de participation dans le second, South Stream.

Pourquoi un tel empressement de la part de la France ? Après tout, seul 14% du gaz français vient de Russie. Mais cette dernière sait rendre une offre alléchante. Ainsi, GDF Suez se voit gratifié de contrats gaziers à long terme. TOTAL, pour sa part, est sur le point de décrocher un contrat en or : celui de l’exploitation des réserves d’Iamal, en Sibérie, véritable « entrepôt gazier ».

C’est aussi l’échec de la politique énergétique commune de l’Union Européenne qui pousse la France dans les bras de Poutine. Après avoir été pris en otage au cours de la crise du gaz entre l’Ukraine et la Russie, en janvier 2009, les pays membres ont échoué à trouver un consensus sur le projet du gazoduc Nabucco. « Mais d’où viendra le gaz ? », a martelé Poutine, insinuant ainsi que la Russie reste maître de cette précieuse ressource, même si elle est puisée en Asie centrale. Face à l’impossibilité de déloger l’ours russe du terrain énergétique, l’Union Européenne s’est vue obligée de coopérer avec Gazprom.

Un véritable soulagement pour les pays membres comme la Finlande, la Slovaquie ou les pays Baltes, qui dépendent à 100% du gaz russe. Un accord supplémentaire a été signé entre la Russie et l’Ukraine, mettant officiellement fin à la guerre du gaz.

La technologie et les financements européens font gravement défaut à Gazprom pour développer ses projets. En devenant actionnaires des gazoducs russes, les pays membres peuvent se féliciter d’avoir gagné un droit d’ingérence dans la politique énergétique de la Russie. Mais réussiront-ils à l’exercer ? Dans cette association avec l’Union Européenne, la Russie reste encore maître du jeu. Poutine peut déjà s'enorgueillir d’avoir unifié l’Union Européenne autour de ses intérêts.

Tuesday, 14 April 2009

"Le papier est roi" et Internet lorgne la couronne.

TOUS MES ARTICLES
parus dans Le Courrier de Russie
DISPONIBLES SUR
http://novosti-iz-rossii.blogspot.com/





Comme le dit si bien Serge July, la presse doit, pour survivre, devenir un"bimédia", fondée sur une version papier et continuée par le biais d'internet.
Voici donc quelques uns des articles que j'ai pu écrire dans le cadre de mon stage au
Courrier de Russie.
Bonne lecture !

Tuesday, 10 February 2009

Moscou, aouch ! (nouvelles du front)

[article sans accents, vive les claviers russes.]


Depuis que je suis gamine, je me projette reporter de guerre, flirtant avec les balles et les mots, jouant l'Albert Londres dans les rues de Gaza assiege et crapahutant dans les montagnes tchetchenes a la recherche d'authentiques boeviks a interviewer.

Malheureusement pour moi, il va falloir que je revoie mes ambitions a la baisse. Car cela fait a peine cinq jours que je vis dans un Obshejite russe, et deja, il me semble qu'il me faudra trois a quatre mois d'hospitalisation pour me remettre de cette experience.

Sans rire.

Comme parmi mes improbables lecteurs je me doute bien qu'il n'y ait pas que des russophones, je me permets d'eclairer le sens de ce mot obscur. Obshejite. Non, ce n'est pas un gros mot, mais cela pourrait l'etre. Il s'agit pourtant d'un foyer etudiant de tout ce qui a de plus convenable, sauf qu'il a ete construit selon les lois inherentes de l'ame russe.

Arrivee vendredi a l'aeroport, il est dix-neuf heures quand enfin je m'extirpe des embouteillages moscovites, ma valise de 24 kilos sous le bras et un brave etudiant du HCE sous l'autre. Klavdia (dont je tairai le patronyme) est la matrone du foyer et m'accueille avec une foule de reproches, tout en me refusant l'entree pour cause de non-possession du fameux 'propusk', graal qui aurait du m'etre remis par mon responsable d'etudes, et qui ne l'a pas ete. (sinon ce ne serait pas drole). Peu importe, car voila Klavdia qui deja se calme, radoucie par la boite de chocolats que j'ai pris soin de ramener. On s'installe donc dans son bureau, pour attendre que ma chere colocataire, Aishat de son prenom et tchetchene de sa nationalite, daigne rentrer et ouvrir la porte (il n'y a qu'un seul set de cle).

Minuit arrive et la demoiselle n'est toujours pas rentree. Dans mon for interieur, je me rejouis : chouette chouette chouette, une Russe festive qui va me montrer toutes les arcades du Moscou nocturne ! Mais debarque alors le frere de Aishat, grand, fort, viril comme les tchetchenes de la television russe, et aussi brun que mon Nesquik matinal mais legerement moins cremeux. En effet, Aziz commence par s'insurger que ce soit une "occidentale" cohabite avec sa soeur, au risque de la contaminer par sa conduite "vicieuse" (je cite, le brave garcon croyant que je ne comprenais pas le russe). Ambiance.

Comme il a les cles (nous partageons le frigidaire), je peux enfin poser mes valises et songer a me reposer de mes aventures. Mais a peine la porte s'ouvre qu'une terrible puanteur parvient a nos delicates narines. Ma brave colocataire est partie en vacances pour un mois, laissant des bassines de vaisselle sale et de linge moisi. Sans oublier les cinquante-et-une paires de chaussures - et autant de boites - qui se cachent dans les moindres recoins possibles. Tout cela dans treize metres carres. Heureusement que ladite colocataire n'est pas encore la pour occuper ses 6,5 metres carres reglementaires !

Bref, il est trois heures du matin lorsqu'avec l'aide d'Aziz, nous avons donne un semblant de proprete au taudis qui se trouvait etre ma chambre. Le lendemain, grace a la force de ses muscles, nous avons pu bouger frigo, bureau, et lits superposes, en survivant a six avalanches de boites a chaussures agressives. Et la chambre est devenue vivable, a condition que Aishat ne s'insurge pas a son retour que ses dizaines de nounours vivent leur vie de peluches sous le lit.

Malheureusement, si rentrer dans la chambre 236 n'etait plus un supplice, ce n'etait pas encore le cas du foyer. Situe a trente minutes de metro du centre, et a une heure de mon universite (avec changement), il me faut de plus quinze (sans talons) a vingt (avec talons) minutes pour atteindre ma station de metro et encore un bon quart d'heure de marche jusqu'a mon universite. Faites le calcul. Eh oui, pas moins d'une heure quarante de trajet ! Et aucune marshrutka, aucun bus ou tramway pour alleger mon parcours devenu celui du combattant pour cause de verglas intempestif et temperatures frisquettes. Ce foyer a reussi l'exploit de me convaincre qu'a Nijni-Novgorod, je beneficiais d'infrastructures de transport exceptionnelles.

Quand enfin, je reussis a rentrer avant l'heure de fermeture du foyer (de 01h a 06h), d'autres epreuves m'attendent. Le voisin du dessous qui se prend pour un apprenti DJ et qui a decide que le show musical commencerait a 01h du matin (quand il rentre du travail) et se ferait avec enceintes a vibrations (contre lesquelles meme mes boules quies pour la F1 sont impuissantes). Le voisin du dessus qui a emmenage avec sa petite copine et qui a de folles envies de copulation tous les matins a 04h, - initiatives qui plaisent apparemment beaucoup a la jeune fille. Et quand enfin, ces etres malfaisants decident de se taire, c'est le corridor entier qui se reveille et qui chahute dans la cuisine ou les toilettes. Ou bien c'est mon frigo qui, angoisse par tant de soudain silence, decide de m'emerveiller par son chant gastrique. O joie !

En bref, voila quatre nuits que je n'ai pu dormir qu'a raison de trois heures chaque nuit. Ce qui explique peut-etre pourquoi je me trouve dans l'incapacite de vous faire l'eloge de la vie en communaute estudiantine, et de mettre un mouchoir (une nappe serait plus adaptee) sur ces insomnies a repetition.


Enfin, les visites d'appartement moscovites commencent ce soir, souhaitez moi bonne chance ! Et puisque les statistiques de visite de ce b.l.o.g me semblent plus que satisfaisantes (jusqu'a 100 personnes par semaine! merci a tous !), je me permets une petite annonce a caractere lucratif.



JEUNE FILLE SUPER SYMPA ET TRES RESPONSABLE
ravissante, etudiante a Sciences PO Paris, propre sur soi et dans la cuisine
CHERCHE APPARTEMENT CENTRAL A MOSCOU
c'est-a-dire dans le premier anneau, ou sur la ligne verte
UNE OU DEUX PIECES
car je cherche aussi potentielle colocataire, russo/franco/anglophone
A MOINS DE DIX MINUTES DU METRO
a pied ou en transport
LOYER MENSUEL : de 300$ a 400 $
(a doubler si colocataire se manifeste)


Faites passer le message autour de vous... sauvez moi !
anaisllobet@hotmail.com
ou +7 965 138 25 93






Sinon, je vous promets tres bientot un petit article sur mes recentes discussions avec Aziz. Car ce garcon s'est avere etre finalement adorable, tres accueillant et passionnant dans ses discussions sur la Tchetchenie et la Russie. En realite, la seule chose qui me manquera de ce foyer, ce sont ces personnes extremement gentilles qui habitent dans mon corridor et qui n'ont pas hesite a me tendre la main, un paquet de pates ou un seche-cheveux selon les occasions.


Et pour finir, l'anecdote du jour...
Ma station de metro : station Moteur d'Avion
Le nom de ma rue : rue Energetique
Le grand axe routier a cote : chaussee Enthousiaste.
Ah, ca, ils savaient motiver les ouvriers paresseux, ces sovietiques.




Monday, 20 October 2008

Я - русская девушка. Да-ДА.

Depuis quelques mois, ma métamorphose en русская девушка devient de plus en plus notable. Elle a d'ailleurs atteint son apothéose lors de l'achat samedi dernier de bottes qui sont l'apanage de toute jeune fille (russe) qui se respecte.
Je vous laisse donc juger par vous-mêmes de ma transmutation en produit local. Ne prenez pas ça pour du narcissisme, car bien au contraire, il s'agit ici d'un acte des plus altruistes, puisque je souhaite éviter à chacun de vous un trop grand choc lors de mon retour en Europe.





Bande-son : я устал, de Quest Pistols, chanson dont le comique des lyrics n'égale que son succès sur les platines du DJ.

Sunday, 5 October 2008

"N'oublie pas ton appareil photo !"

Les Russes et la photographie... toute une histoire d'amour ! A condition qu'elle serve de support à une autre bien plus profonde et inaltérable : celle que ces demoiselles ont pour leur propre image.

La Russe aime se regarder dans un miroir. D'ailleurs, chaque jeune fille digne de ce substantif en possède un, tapis dans sa trousse ou ostensiblement accroché autour de son cou. La retouche maquillage-coiffure-bouton-d'acné se fait dans le couloir, sans aucune pudeur : et d'ailleurs, pourquoi donc avoir honte de ce signe de coquetterie puisque c'est cela même qui ravit le coeur des mâles russes ?

La photographie offre un avantage imparable par rapport au miroir : l'image persiste, peut s'afficher sur Vkontakte ou sur un autre site de parade sociale, sans oublier que Photoshop aidera à gommer cette saleté de pustule qui se prend pour une pastille de henné.

Jusqu'à présent, tout semble similaire à l'attitude des jeunes filles européennes.

Mais avez-vous déjà assisté à une fête d'anniversaire où l'on arrête tout (le repas entre autres, à mon grand désespoir !) afin de se consacrer pendant une demi-heure à des poses des plus bienséantes aux plus outrageuses (et je ne vous promets que je ne vous la joue pas mère-Anaïs -effarouchée-par-tant-de-décadence-priez-Seigneur). Ou autre situation qui m'a révélé en un éclair toute l'importance que prend l'appareil photo dans la société russe actuelle : après avoir visité Bolshoe Boldina (la demeure estivale de ce cher Poushkine) en long et en large, ma famille russe m'annonce que c'est reparti pour un tour, exclusivement consacré aux photos. Et me voilà posant à côté d'une statue de Poushkine, alors que d'autres jeunes filles piaffent d'impatience pour pouvoir enfin prendre, elles aussi, la photo qui ornera leur page d'accueil Vkontakte.
Ou autre situation hautement représentative de cet engouement russe : alors que nous dansons innocemment sur le dancefloor d'une de nos soirées, une de nos amies se refuse à trémousser du popotin et préfère nous mitrailler de flashs intempestifs. Je m'indigne de cet état des choses lorsque l'on me rétorque : "Laisse donc faire, il faut bien que quelqu'un prenne des photos de cette soirée !". Certes, mais de là à remplir trois mémoristicks de suite...

Si encore les photos prises reflétaient des situations normales, sans artifices et où les sourires ne sont pas soit crispés soit glossés à mort, je serais ravie d'avoir une telle anthologie de mes moindres faits et gestes en compagnie de jeunes filles russes. Mais voilà, ces dernières considèrent qu'une bonne photo est une photo sexy. Que dis-je, sexy ? Grivoise.
Il s'agit donc de bomber les seins, arquer les fesses, regarder langoureusement le pauvre appareil photo qui ne sait dès lors où donner la tête, enfin, l'objectif. Les lèvres dégoulinent de paillettes, les cheveux sont plaqués à la laque, les bottes sont vertigineuses et les cuisses emprisonnées entre deux épaisseurs de bas résilles.
Et ça s'embrasse, et ça simule, et ça orgasme, et ça prend des poses de plus en plus incongrues. Puis sans le moindre complexe, le lendemain matin, on retrouve des "photos-dossiers" sur Vkontakte. Dieu merci, étant donné ma pauvre capacité à prendre de telles poses, je n'ai pas encore eu ma réputation entachée.

L'amour des Russes pour la photographie portraitiste est indéniable. Mais il est néanmoins sujet à certaines nuances. Bien que je n'aie pas encore passée une seule soirée sans que l'on me téléphone pour que je pense à prendre mon appareil photo, il y en a tout de même quelques unes où la traditionnelle demi-heure de flashs crépitants se termine au bout de quelques minutes et davantage sans faux-semblants.





Tuesday, 9 September 2008

Photos (II)

Après la cérémonie à la mairie, les nouveaux mariés, accompagnés d'une petite assemblée de quelques personnes vont se promener dans l'enceinte du Kremlin. Un cameramen et des photographes les suivent afin d'immortaliser de la façon la plus kitschissime possible le premier jour de leur vie commune.

Sur la Volga, une péniche.

Ici, le miel se mange nature, et est ramené directement de la datcha familiale.

Mon parapluie anglais connait enfin la pluie russe...


Journal de bord au rendez-vous


Edouard est effare devant l'etat de notre rue... (boue + sable + orties + chiens sauvages + pluie = que du bonheur !) heureusement, elle reprendra un aspect un peu plus normal quelques jours plus tard.

Photos (I)


Le Kremlin, vu de la Volga avec ses nombreuses eglises


Edouard, avec Ania et Katia, sur la plus grande rue commercante de Nijni-Novgorod.


Oksana, la jeune fille de ma famille d’accueil, adorable !


… Et Irina, la mere de ma famille d’accueil, avec Cherlyshka.


Prisonniers du Kremlin ! (starring Sasha et Katia)


Coucher de soleil sur la Volga, des hauteurs du Kremlin.


Friday, 5 September 2008

KUSHAIIIII-power : ou quand mes papilles scintillent de joie


Quand on parle de la cuisine russe, plusieurs mots barbares nous viennent а l’esprit : BORSH (soupe aux betteraves), BLINI (crepe а la russe), CAVIAR (ikra) et VODKA (pour les fins connaisseurs).

Eh bien, je souhaiterais partager ici mon ebahissement sans limite eprouve des mon premier repas а Nijni-Novgorod. La cuisine russe est loin d’etre monotone ; au contraire, elle est d’une intense variete. (par contre, bonjour les kilos : vous m’avez connue taille 38, je reviendrai taille sumo).

Contrairement а un repas francais, le repas russe est directement inspire du mouvement anarchiste. Hors de question que l’on s’abaisse а hierarchiser les differents plats (pourquoi l’un serait davantage « principal » que l’autre ? et pourquoi donc appeler « entree » ce qu’on peut aussi manger en fin de repas ?) ! Cela revient en fait а manger plusieurs plats principaux : par exemple, on commence par du SHI (soupe au chou) avec du KAPOUSTA (chou cru) puis on attaque les KOTLETT (boulettes de VNI - viande non identifiee) avec des MAKARONI (petits spaghettis de quelques centimetres, c’est ce que mangeaient principalement les russes pendant le chaos economique des annees 90) ou des PELMENI (raviolis a la viande). Puis arrive le dessert : raisin, ou ZIEFIR (marshmallows enrobes de chocolat) avec le traditionnel TCHAI (the).
Le dessert s’etire indefiniment, on papote, on mange а nouveau, on grignote, on oublie les regles elementaires de la dietetique et on s’adonne aux plaisirs du chocolat. Puis chacun vaque dans son coin, puis, une heure ou deux plus tard, il est temps de se retrouver autour d’un lait chaud ou fond le miel ramene par la baboushka lors de sa derniere expedition dans la datcha familiale.
Manger est une activite sociale, et ne se dissocie jamais du the : meme а la tele, а la fin de certaines emissions, on peut voir la personne invitee sur le plateau se faire servir du the et des PIROJKI (petits gateaux fourres aussi bien а la viande qu’aux cerises). S’asseoir et bavarder se fait avec the, ou ne se fera pas.

« ON MANGERA LES RESTES DEMAIN AU PTIT DEJ »
euh …

Tandis que le diner est un moment agreable, chaleureux, ou l’on se raconte les dernieres nouvelles avec enthousiasme, le petit-dejeuner est autrement plus traumatisant pour les petits Europeens. Alors qu’on s’attend а des tartines ou des cornflakes, on se retrouve а six heures du matin nez а nez avec des saucisses melangees au cafe, sans oublier le reste de la soupe d’hier-soir et du borsh en veux-tu-en-voilа. Tout cela peut tres bien s’accompagner de TVOROK (sorte de fromage blanc tres sucre et condense) et d’un chocolat chaud… Quand le sale rencontre le sucre, il le fait en Russie dans la plus grande confusion ! On s’y habitue neanmoins tres vite…
Manger enormement le matin est primordial а Nijni, car non seulement il faut affronter les trottoirs delabres et les marshrutki bondees, mais en plus le dejeuner est quasi inexistant : on achete quelques pirojki tout au plus… La morfale que je suis a du mal а faire son deuil de son lunch quotidien, ce qui fait que je m’attaque aussi aux specialites stop-fringale-help, tel que ce delicieux potage de legume couvert de fromage fondu et SMETANA (creme fraiche)…

Vkussno…

En bref, c’est une cuisine qui au premier abord parait simpliste, voire rustique, et qui revele а qui sait faire des efforts d’extraordinaires ressources et une inventivite sans egal : quand on sait que la plupart des plats russes ne sont constitues que de cinq-six varietes de legumes (dont la celebre KARTOSHKA – pomme de terre) et de lait.

Il s’agit bien sur d’observations tirees de ma propre experience : il se peut que cela differe selon les familles. Allez hop, а table, et promis, je vous fais un rapport complet de mon prochain festin.


BRAVER LA MORT POUR ALLER A L’UNIVERSITE : mon quotidien (non je ne dramatise pas)


Pour aller а l’universite, il suffit de s’armer de courage et de dix roubles. J’habite а la fin de la prospekt Gargarina, qui s’etend sur plus de dix kilometres d’embouteillage, oщ cohabitent Lada, Logan et autres voitures datant de l’вge de pierre, dans un joyeux concert klaxonphonique. Deux fois par jour, je risque ma vie et ma sante mentale dans une marshrutka.

Marsh… quoi ?? Il m’a fallu trois trajets pour comprendre la veritable nature de la marshrutka. Il s’agit d’une petite camionnette, appartenant а la Mafia locale selon les rumeurs, qui ressemble а un petit Combi venu tout droit de l’epoque hippie, Beatles et compagnie. Sauf que la realite est un peu moins technicolor. Imaginez-vous vingt а trente personnes pressees les unes contre les autres dans un peu moins de dix metres carres, tout cela roulant soit а 0,032 km/h (lors des gigantesques et effroyables embouteillages matinaux), soit а 90 km/h (le soir, et en freinant toutes les deux minutes, ce qui parait suicidaire quand on sait qu’on est debout et dans une veritable carcasse, digne d’etre recyclee par Wall-E.) Et comme si quinze minutes de cet enfer ne suffisaient pas pour donner la vocation campagnarde а la city girl que je suis, je dois supporter ce calvaire une heure, voire une heure et demie, deux fois par jour. C’est а vous faire rever du metro parisien aux heures de pointe !

N’importe quel russe realiserait ici que j’omets un detail important : comment aller jusqu’а l’arret que dessert la marshrutka. Au premier abord, cela parait simple. Vous connaissez le chemin jusqu’а la station. Vous savez qu’il vous faut а peu pres dix minutes. Vous voyez des femmes en talons partout, alors innocente petite touriste que vous etes, vous osez les ballerines en tweed, pensant qu’elles sortiront intactes de votre epopee. Mais а peine etes vous sortis que vous assiegent (dans l’ordre) : la pluie diluvienne, le chien du voisin (а moins que ce ne soit un de ces chiens sauvages qui rфdent partout, а l’affыt d’un bout de viande fraiche, ce que a priori vous etes malgre vous), la boue, et les gouffres qu’a creuse la pluie dans le goudron des rues. Si vous etes du genre la-chance-est-avec-moi (comme c’est mon cas), vous avez meme le droit а la rue en travaux. Or c’est la seule qui peut vous mener jusqu’а la marshrutka. A vous des lors les orties et les montagnes de sable а escalader : o joie !

Couverte de boue, de sueur, piquee et mordue de partout, vous arrivez enfin а l’universite. Quelques dizaines de magnifiques Russes vous toisent, perchees sur leurs talons incroyablement hauts, habillees а la derniere mode moscovite (comprenez : un melange de classe et de vulgarite, tout cela avec des jambes aussi longues que la prospekt Gargarina et des jupes aussi inexistantes que le sex-appeal des hommes russes.). Les commentaires vont bon train : « Tu crois que la boue sur les chaussures, c’est parce-que la tendance du moment а Paris c’est le cote dirty ? ».

La journee peut commencer…




NIJNI-HI-HI-HI


Le Bonjour de Russie, chers amis !

Autour de moi, des jeunes filles se tordent la cheville du haut de leurs talons vertigineux, les rares garcons presents sont plus laids les uns que les autres, et des centaines de baboushki se ruent vers les bus bondes et en piteux etat … pas de doute, je suis bien en Russie !

Et ceci depuis une semaine. Apres un court passage а Moscou, capitale enchanteresse, j’ai debarque а Nijni-Novgorod avec trente-deux kilos de bagages exactement et cinq heures de train а mon actif. Sur le quai de la gare m’attendait un veritable comite d’accueil des plus impressionnants : ma famille d’accueil et leurs amis, ainsi que les connaissances nijnoises de mes amis moscovites. Chacun s’est empare de mes valises et je me suis retrouvee, ni une ni deux, dans une Lada, roulant а toute allure sous la pluie, frolant le kremlin et les domes dores des eglises orthodoxes…
… direction 12, Ulitsa Joukova kv.53 indeks 6O3137. Ou plutot : 12 ул. Жукова Кв. 53 инд. 603137 Н.Новгород. (ca parait tout de suite moins comprehensible.)

Un mignon petit appartement, amenage а la russe mais moderne, m’attend avec le chat et le borsh qui avec. Ma famille russe se constitue d’une jeune fille de seize ans – Oksana -, et de sa mere – Irina -. Pendant les repas, j’ai le droit а une lecon de vocabulaire complete sur les ustensiles de la cuisine et divers mets culinaires made in Poutineland. Le matin, c’est au tour de la brosse а dent, du miroir, des habits de se russifier… Elles m’ont meme offert des post-it pour que je puisse les coller sur mes meubles afin d’apprendre leur signification en russe ! Si avec ca je ne progresse pas, je suis bonne pour le g.o.u.l.a.g estudiantin !