En direct de l’Eurovision, dans la salle reservee a la presse, ou la pression monte, monte au fur et a mesure que le vote avance…
Bienvenue au traditionnel festival de kitsch europeen ! Histoire de s’en debarasser une semaine par an, plus de trente pays envoient leur honte nationale artistique chantonner quelques paroles denuees de tout sens a l’Eurovision.
Bien sur, nous avons la un merveilleux exemple de l’integration europeenne avec ses petits voisins, ainsi qu’une jolie preuve que Moscou et le Vieux Continent ont encore beaucoup de choses a se raconter. Plus de mille cinq cents journalistes du monde entier sont venus couvrir les froufrous roses et les longues jambes qu’ont agite devant leurs yeux des artistes surexcites au fond de teint degoulinant. Au detriment de ma santé mentale, déjà mise en peril par une annee de vie en Russie, j’ai moi aussi pris mon carnet et, en bonne apprentice journaliste, je me suis ruee au stade Olympiski pour suivre le show en live.
Mais qui elit-on, au fait ? Car tous rivalisent de non-talent et de kitschatitude. Alors, je me suis permise de vous livrer mon propre ranking. Compte tenu de la sueur depensee par chacun de ces artistes hilarants, je propose qu’ils soient tous recompenses a leur juste valeur.
Prix de l'artiste le plus soporifique : LITUANIE Chapeau noir et chemisette blanche, air a la Elton John, regard en biais et bouche langoureuse, le brave Lituanien a ete le tout premier a passer. Les baillements ont remplace les applaudissements ; on ne joue pas la carte sobriete au festival du kitsch en toute impunite...
Prix de l'artiste le plus chouchoute par la presse : NORVEGE Qui d'autre que le midinet au violon pour recueillir les soupirs enamoures des journalistes ? Completement sous le charme, ces derniers se sont meme mis a hurler de ferveur et a danser comme des sauvageons lors du passage d'Alexandrichounet Rybak. Ses grands yeux bruns continueront a nous hanter, meme une fois l'Eurovision terminee. Surtout Loukachenko qui doit se mordre les doigts d'avoir laisse filer celui qui fut un jour bielorusse.
Prix de l'artiste la plus hargneuse : FRANCE Avec ses yeux bleu acier, Patricia Kaas avait de l'energie a revendre ce soir. Donnee favorite par les sondages, avec plus d'un tiers des intentions de vote d'avance, la belle aurait pu nous decrocher un petit sourire. Au lieu de cela, nous avons eu le droit a des rictus terrifiants et un chagrin d'amour gros comme ca pour notre Pattie nationale. Quand Mamzelle chante le blues decide de passer au hard-rock...
Prix de l'artiste le plus people : ALLEMAGNE Sacres teutons ! Non contents de nous servir un magnifique pantalon brode de paillettes argentees, ils nous offrent en plus une incroyable Dita Van Teese, dont la taille de guepe etait ceinturee d'un corset noir. Allongee sur un canape a la Dali gothique, elle nous a subjugue et a largement sauve la - tres mediocre - performance du Bee Gees wannabee dont nous a gratine l' Allemagne.
Prix de l'artiste le plus bling-bling: UKRAINE Entre les ceinturions strip-teasers et la petite culotte en froufrou rouge, sans oublier l'instant mythique ou la terrible blonde remet en question sa carriere de chanteuse (il etait temps!) pour se mettre a la batterie (heureusement, elle s'arrete vite), l'Ukraine remporte sans hesitation la palme or-plaque, categorie bling-bling. Pour la petite histoire, celle qui nous a gratifie d'horribles cris stridents a mis son appartement en hypotheque pour pouvoir payer les fastes de son decor. On n'a pas les memes valeurs.
Prix de l'artiste le plus desopilant : FINLANDE
a suivre apres la conference de presse !!
Sunday, 17 May 2009
Tuesday, 14 April 2009
"Le papier est roi" et Internet lorgne la couronne.
TOUS MES ARTICLES
parus dans Le Courrier de Russie
DISPONIBLES SUR
http://novosti-iz-rossii.blogspot.com/
parus dans Le Courrier de Russie
DISPONIBLES SUR
http://novosti-iz-rossii.blogspot.com/
Comme le dit si bien Serge July, la presse doit, pour survivre, devenir un"bimédia", fondée sur une version papier et continuée par le biais d'internet.
Voici donc quelques uns des articles que j'ai pu écrire dans le cadre de mon stage au Courrier de Russie, dans leur version brute, sans les corrections de ma rédactrice en chef.
Voici donc quelques uns des articles que j'ai pu écrire dans le cadre de mon stage au Courrier de Russie, dans leur version brute, sans les corrections de ma rédactrice en chef.
Tuesday, 10 February 2009
Moscou, aouch ! (nouvelles du front)
[article sans accents, vive les claviers russes.]
Depuis que je suis gamine, je me projette reporter de guerre, flirtant avec les balles et les mots, jouant l'Albert Londres dans les rues de Gaza assiege et crapahutant dans les montagnes tchetchenes a la recherche d'authentiques boeviks a interviewer.
Malheureusement pour moi, il va falloir que je revoie mes ambitions a la baisse. Car cela fait a peine cinq jours que je vis dans un Obshejite russe, et deja, il me semble qu'il me faudra trois a quatre mois d'hospitalisation pour me remettre de cette experience.
Sans rire.
Comme parmi mes improbables lecteurs je me doute bien qu'il n'y ait pas que des russophones, je me permets d'eclairer le sens de ce mot obscur. Obshejite. Non, ce n'est pas un gros mot, mais cela pourrait l'etre. Il s'agit pourtant d'un foyer etudiant de tout ce qui a de plus convenable, sauf qu'il a ete construit selon les lois inherentes de l'ame russe.
Arrivee vendredi a l'aeroport, il est dix-neuf heures quand enfin je m'extirpe des embouteillages moscovites, ma valise de 24 kilos sous le bras et un brave etudiant du HCE sous l'autre. Klavdia (dont je tairai le patronyme) est la matrone du foyer et m'accueille avec une foule de reproches, tout en me refusant l'entree pour cause de non-possession du fameux 'propusk', graal qui aurait du m'etre remis par mon responsable d'etudes, et qui ne l'a pas ete. (sinon ce ne serait pas drole). Peu importe, car voila Klavdia qui deja se calme, radoucie par la boite de chocolats que j'ai pris soin de ramener. On s'installe donc dans son bureau, pour attendre que ma chere colocataire, Aishat de son prenom et tchetchene de sa nationalite, daigne rentrer et ouvrir la porte (il n'y a qu'un seul set de cle).
Minuit arrive et la demoiselle n'est toujours pas rentree. Dans mon for interieur, je me rejouis : chouette chouette chouette, une Russe festive qui va me montrer toutes les arcades du Moscou nocturne ! Mais debarque alors le frere de Aishat, grand, fort, viril comme les tchetchenes de la television russe, et aussi brun que mon Nesquik matinal mais legerement moins cremeux. En effet, Aziz commence par s'insurger que ce soit une "occidentale" cohabite avec sa soeur, au risque de la contaminer par sa conduite "vicieuse" (je cite, le brave garcon croyant que je ne comprenais pas le russe). Ambiance.
Comme il a les cles (nous partageons le frigidaire), je peux enfin poser mes valises et songer a me reposer de mes aventures. Mais a peine la porte s'ouvre qu'une terrible puanteur parvient a nos delicates narines. Ma brave colocataire est partie en vacances pour un mois, laissant des bassines de vaisselle sale et de linge moisi. Sans oublier les cinquante-et-une paires de chaussures - et autant de boites - qui se cachent dans les moindres recoins possibles. Tout cela dans treize metres carres. Heureusement que ladite colocataire n'est pas encore la pour occuper ses 6,5 metres carres reglementaires !
Bref, il est trois heures du matin lorsqu'avec l'aide d'Aziz, nous avons donne un semblant de proprete au taudis qui se trouvait etre ma chambre. Le lendemain, grace a la force de ses muscles, nous avons pu bouger frigo, bureau, et lits superposes, en survivant a six avalanches de boites a chaussures agressives. Et la chambre est devenue vivable, a condition que Aishat ne s'insurge pas a son retour que ses dizaines de nounours vivent leur vie de peluches sous le lit.
Malheureusement, si rentrer dans la chambre 236 n'etait plus un supplice, ce n'etait pas encore le cas du foyer. Situe a trente minutes de metro du centre, et a une heure de mon universite (avec changement), il me faut de plus quinze (sans talons) a vingt (avec talons) minutes pour atteindre ma station de metro et encore un bon quart d'heure de marche jusqu'a mon universite. Faites le calcul. Eh oui, pas moins d'une heure quarante de trajet ! Et aucune marshrutka, aucun bus ou tramway pour alleger mon parcours devenu celui du combattant pour cause de verglas intempestif et temperatures frisquettes. Ce foyer a reussi l'exploit de me convaincre qu'a Nijni-Novgorod, je beneficiais d'infrastructures de transport exceptionnelles.
Quand enfin, je reussis a rentrer avant l'heure de fermeture du foyer (de 01h a 06h), d'autres epreuves m'attendent. Le voisin du dessous qui se prend pour un apprenti DJ et qui a decide que le show musical commencerait a 01h du matin (quand il rentre du travail) et se ferait avec enceintes a vibrations (contre lesquelles meme mes boules quies pour la F1 sont impuissantes). Le voisin du dessus qui a emmenage avec sa petite copine et qui a de folles envies de copulation tous les matins a 04h, - initiatives qui plaisent apparemment beaucoup a la jeune fille. Et quand enfin, ces etres malfaisants decident de se taire, c'est le corridor entier qui se reveille et qui chahute dans la cuisine ou les toilettes. Ou bien c'est mon frigo qui, angoisse par tant de soudain silence, decide de m'emerveiller par son chant gastrique. O joie !
En bref, voila quatre nuits que je n'ai pu dormir qu'a raison de trois heures chaque nuit. Ce qui explique peut-etre pourquoi je me trouve dans l'incapacite de vous faire l'eloge de la vie en communaute estudiantine, et de mettre un mouchoir (une nappe serait plus adaptee) sur ces insomnies a repetition.
Enfin, les visites d'appartement moscovites commencent ce soir, souhaitez moi bonne chance ! Et puisque les statistiques de visite de ce b.l.o.g me semblent plus que satisfaisantes (jusqu'a 100 personnes par semaine! merci a tous !), je me permets une petite annonce a caractere lucratif.
Sinon, je vous promets tres bientot un petit article sur mes recentes discussions avec Aziz. Car ce garcon s'est avere etre finalement adorable, tres accueillant et passionnant dans ses discussions sur la Tchetchenie et la Russie. En realite, la seule chose qui me manquera de ce foyer, ce sont ces personnes extremement gentilles qui habitent dans mon corridor et qui n'ont pas hesite a me tendre la main, un paquet de pates ou un seche-cheveux selon les occasions.
Malheureusement pour moi, il va falloir que je revoie mes ambitions a la baisse. Car cela fait a peine cinq jours que je vis dans un Obshejite russe, et deja, il me semble qu'il me faudra trois a quatre mois d'hospitalisation pour me remettre de cette experience.
Sans rire.
Comme parmi mes improbables lecteurs je me doute bien qu'il n'y ait pas que des russophones, je me permets d'eclairer le sens de ce mot obscur. Obshejite. Non, ce n'est pas un gros mot, mais cela pourrait l'etre. Il s'agit pourtant d'un foyer etudiant de tout ce qui a de plus convenable, sauf qu'il a ete construit selon les lois inherentes de l'ame russe.
Arrivee vendredi a l'aeroport, il est dix-neuf heures quand enfin je m'extirpe des embouteillages moscovites, ma valise de 24 kilos sous le bras et un brave etudiant du HCE sous l'autre. Klavdia (dont je tairai le patronyme) est la matrone du foyer et m'accueille avec une foule de reproches, tout en me refusant l'entree pour cause de non-possession du fameux 'propusk', graal qui aurait du m'etre remis par mon responsable d'etudes, et qui ne l'a pas ete. (sinon ce ne serait pas drole). Peu importe, car voila Klavdia qui deja se calme, radoucie par la boite de chocolats que j'ai pris soin de ramener. On s'installe donc dans son bureau, pour attendre que ma chere colocataire, Aishat de son prenom et tchetchene de sa nationalite, daigne rentrer et ouvrir la porte (il n'y a qu'un seul set de cle).
Minuit arrive et la demoiselle n'est toujours pas rentree. Dans mon for interieur, je me rejouis : chouette chouette chouette, une Russe festive qui va me montrer toutes les arcades du Moscou nocturne ! Mais debarque alors le frere de Aishat, grand, fort, viril comme les tchetchenes de la television russe, et aussi brun que mon Nesquik matinal mais legerement moins cremeux. En effet, Aziz commence par s'insurger que ce soit une "occidentale" cohabite avec sa soeur, au risque de la contaminer par sa conduite "vicieuse" (je cite, le brave garcon croyant que je ne comprenais pas le russe). Ambiance.
Comme il a les cles (nous partageons le frigidaire), je peux enfin poser mes valises et songer a me reposer de mes aventures. Mais a peine la porte s'ouvre qu'une terrible puanteur parvient a nos delicates narines. Ma brave colocataire est partie en vacances pour un mois, laissant des bassines de vaisselle sale et de linge moisi. Sans oublier les cinquante-et-une paires de chaussures - et autant de boites - qui se cachent dans les moindres recoins possibles. Tout cela dans treize metres carres. Heureusement que ladite colocataire n'est pas encore la pour occuper ses 6,5 metres carres reglementaires !
Bref, il est trois heures du matin lorsqu'avec l'aide d'Aziz, nous avons donne un semblant de proprete au taudis qui se trouvait etre ma chambre. Le lendemain, grace a la force de ses muscles, nous avons pu bouger frigo, bureau, et lits superposes, en survivant a six avalanches de boites a chaussures agressives. Et la chambre est devenue vivable, a condition que Aishat ne s'insurge pas a son retour que ses dizaines de nounours vivent leur vie de peluches sous le lit.
Malheureusement, si rentrer dans la chambre 236 n'etait plus un supplice, ce n'etait pas encore le cas du foyer. Situe a trente minutes de metro du centre, et a une heure de mon universite (avec changement), il me faut de plus quinze (sans talons) a vingt (avec talons) minutes pour atteindre ma station de metro et encore un bon quart d'heure de marche jusqu'a mon universite. Faites le calcul. Eh oui, pas moins d'une heure quarante de trajet ! Et aucune marshrutka, aucun bus ou tramway pour alleger mon parcours devenu celui du combattant pour cause de verglas intempestif et temperatures frisquettes. Ce foyer a reussi l'exploit de me convaincre qu'a Nijni-Novgorod, je beneficiais d'infrastructures de transport exceptionnelles.
Quand enfin, je reussis a rentrer avant l'heure de fermeture du foyer (de 01h a 06h), d'autres epreuves m'attendent. Le voisin du dessous qui se prend pour un apprenti DJ et qui a decide que le show musical commencerait a 01h du matin (quand il rentre du travail) et se ferait avec enceintes a vibrations (contre lesquelles meme mes boules quies pour la F1 sont impuissantes). Le voisin du dessus qui a emmenage avec sa petite copine et qui a de folles envies de copulation tous les matins a 04h, - initiatives qui plaisent apparemment beaucoup a la jeune fille. Et quand enfin, ces etres malfaisants decident de se taire, c'est le corridor entier qui se reveille et qui chahute dans la cuisine ou les toilettes. Ou bien c'est mon frigo qui, angoisse par tant de soudain silence, decide de m'emerveiller par son chant gastrique. O joie !
En bref, voila quatre nuits que je n'ai pu dormir qu'a raison de trois heures chaque nuit. Ce qui explique peut-etre pourquoi je me trouve dans l'incapacite de vous faire l'eloge de la vie en communaute estudiantine, et de mettre un mouchoir (une nappe serait plus adaptee) sur ces insomnies a repetition.
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JEUNE FILLE SUPER SYMPA ET TRES RESPONSABLE
ravissante, etudiante a Sciences PO Paris, propre sur soi et dans la cuisine
CHERCHE APPARTEMENT CENTRAL A MOSCOU
c'est-a-dire dans le premier anneau, ou sur la ligne verte
UNE OU DEUX PIECES
car je cherche aussi potentielle colocataire, russo/franco/anglophone
A MOINS DE DIX MINUTES DU METRO
a pied ou en transport
LOYER MENSUEL : de 300$ a 400 $
(a doubler si colocataire se manifeste)
Faites passer le message autour de vous... sauvez moi !
anaisllobet@hotmail.com
ou +7 965 138 25 93
ravissante, etudiante a Sciences PO Paris, propre sur soi et dans la cuisine
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c'est-a-dire dans le premier anneau, ou sur la ligne verte
UNE OU DEUX PIECES
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(a doubler si colocataire se manifeste)
Faites passer le message autour de vous... sauvez moi !
anaisllobet@hotmail.com
ou +7 965 138 25 93
Sinon, je vous promets tres bientot un petit article sur mes recentes discussions avec Aziz. Car ce garcon s'est avere etre finalement adorable, tres accueillant et passionnant dans ses discussions sur la Tchetchenie et la Russie. En realite, la seule chose qui me manquera de ce foyer, ce sont ces personnes extremement gentilles qui habitent dans mon corridor et qui n'ont pas hesite a me tendre la main, un paquet de pates ou un seche-cheveux selon les occasions.
Et pour finir, l'anecdote du jour...
Ma station de metro : station Moteur d'Avion
Le nom de ma rue : rue Energetique
Le grand axe routier a cote : chaussee Enthousiaste.
Ah, ca, ils savaient motiver les ouvriers paresseux, ces sovietiques.
Ma station de metro : station Moteur d'Avion
Le nom de ma rue : rue Energetique
Le grand axe routier a cote : chaussee Enthousiaste.
Ah, ca, ils savaient motiver les ouvriers paresseux, ces sovietiques.
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Monday, 5 January 2009
Tuesday, 2 December 2008
Ils en pensent quoi, les Russes ?
La TCHETCHENIE, vue de Nijni-Novgorod.
Aujourd'hui j'ai lu un article bouleversant sur la Tchétchénie. Ce n'est pas comme si je n'étais pas au courant de cette lente islamisation de la société tchétchène, et de la lente dégradation des rapports hommes-femmes dans cette "République". Ce n'est pas comme si cette cause m'était inconnue, comme si je pouvais me permettre de lire cet article, de loin, sans éprouver d'émotions ni de rage contenue
Et pourtant, comme beaucoup d'entre vous me l'ont fait remarqué, cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas ennuyé avec mes diatribes habituelles sur l'état actuel de la Tchétchénie.
Peut-être parce que cette année au cœur de la société russe m'a énormément appris et qu'il me faudrait davantage de recul pour réaliser ce qu'elle a su changer dans mes convictions et ce qui est resté intact après l'ouragan.
Et pourtant, comme beaucoup d'entre vous me l'ont fait remarqué, cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas ennuyé avec mes diatribes habituelles sur l'état actuel de la Tchétchénie.
Peut-être parce que cette année au cœur de la société russe m'a énormément appris et qu'il me faudrait davantage de recul pour réaliser ce qu'elle a su changer dans mes convictions et ce qui est resté intact après l'ouragan.
Je m'étais promise de ne pas m'imposer de force dans leurs (rares) discussions politiques, mais de les laisser parler entre eux, d'écouter leurs arguments, tenter de comprendre, essayer de mettre ma rhétorique en veilleuse pour mieux réussir à saisir ce qui pousse les Russes d'aujourd'hui à se dé-responsabiliser ainsi de ce conflit, jadis brûlant, aujourd'hui latent.
De mes tentatives à susciter un échange de vues sur la Tchétchénie, il ne s'en est issu qu'un simple bavardage, un face à face sans disputes et désaccords, étant donné que chaque Russe pensait exactement la même chose. Pas de débat. Une même unanimité implicite sur tout, des sujets habituels (l'entrée en guerre, l'après première guerre...) jusqu'aux thèmes les plus sensibles (le rôle des wahabbites dans la seconde guerre, les massacres de civils, la "normalisation" poutinienne, etc.). L'absence de confrontation entre eux n'empêche pas néanmoins une prise de parole vive, exaltée, et un air convaincu, tout cela accompagné d'une dialectique spectaculaire, qui relève parfois du pur sophisme. A chaque fois que j'essaie de leur opposer le moindre petit fait objectif (l'existence par exemple de villages rasés par l'armée russe, comme Komsomolskoe), peu importe si j'ai chiffres, rapports et photos à l'appui, on me répond : "Tu es victime de la propagande européenne", ou encore "Tu y es allée, en Tchétchénie ? Comment une Parisienne pourrait mieux connaître le sujet qu'un Russe ?".
Je me rappelle de cette phrase, prononcée avec un humour grinçant par Florent Marcie, lors d'une conférence à laquelle j'avais participé : il racontait comment, après avoir fait visionné son film Itchkéri Kenti, fait d'archives de la première guerre tchétchène, à un Russe rencontré par hasard, celui-ci l'avait accusé, très en colère, d'avoir "créé les Tchétchènes morts par Photoshop". On pourrait en rire, mais en réalité, c'est affligeant : la propagande poutiniste a forgé un tel sentiment d'intégrité patriotique et le battage médiatique incriminateur de l'Europe a heurté si profondément les Russes dans leur fierté nationale qu'ils renieraient leur liberté de penser plutôt que de risquer d'affaiblir leur pays par leurs doutes.
J'ai eu la chance de côtoyer plusieurs couches de la population lors de mon séjour à Nijni-Novgorod, ce qui n'aurait pas été toujours possible à Moscou. Mais quel que soit le milieu, le discours sur la Tchétchénie ne change que très peu.
On aurait pu penser, à tort, que les nouveaux riches, davantage ouverts sur la mondialisation et voyageant plus souvent à l'étranger, auraient eu un peu plus de clémence envers les Tchétchènes et les guerres qui les ont opposés avec les Russes. C'est le cas. Ils comptent parmi les plus confiants quant au futur de la "République" Tchétchène. "On a tout reconstruit, ils ont même le droit à la plus belle mosquée du Caucase ! Leur liberté religieuse est totale. Demain, nous apporterons d'autres investissements, et les Tchétchènes ne mordront plus jamais la main russe qui les nourrit. Et on leur pardonnera leurs bêtises, un jour." , me disent-ils en souriant. Que la société tchétchène réponde à la russification par une intense islamisation de leur culture, cela ne leur fait ni chaud ni froid. "Ils sont russes, tu comprends. Et même s'ils se prennent pour des Arabes, ils resteront toujours russes." A la fois profession d'amour et menace tacite, les propos de mes amis huppés sont difficiles à cerner, et passionnants par leur ambiguïté.
Mes camarades issus des classes moins favorisées (comme la famille russe dans laquelle je vis) sont eux aussi convaincus du bon droit du peuple russe face au "nid de terroristes" qu'est la Tchétchénie à leurs yeux. Tout en affirmant avec emphase qu'ils ont une multitude d'amis tchétchènes, et qu'ils les aiment "comme s'ils étaient russes" (!), ils refusent de considérer que les compatriotes de ces derniers soient autre chose que de violents boeviks, armés de haine et de kalachnikovs, qu'il faudrait neutraliser au plus vite. Certains me disent que la seule solution est celle qu'avait mise en œuvre Staline : les envoyer tous vite fait bien fait dans une quelconque région reculée du Kazakhstan, et cette fois-ci veiller à ce qu'ils n'en reviennent jamais.
Terrifiante perspective, mais pas autant que celle que propose la fille de ma famille russe : la société tchétchène serait si gangrenée par le terrorisme qu'il faut créer de nouveaux camps de concentration, et leur faire payer, par leur force de travail, les dommages qu'ils ont causé à l'armée russe (sic !). Cette idée ne vient pas d'elle (elle est plutôt saine d'esprit), mais d'un des "groupes de travail politique" qu'elle fréquente et qui est apparenté officieusement à Edinaia Rossia - Russie Unie, le parti présidentiel -. Ils ont si bien pensé la question qu'elle est capable de me sortir des chiffres précis : pour un soldat russe tué, c'est dix ans de travail forcé pour deux tchétchènes. Quand je lui demande si les enfants et les femmes devront aussi vivre dans ces affreux camps, elle me répond, sérieuse et résolue : "Bien sûr. Un enfant de terroriste est un terroriste aussi. Et les femmes sont complices, toujours.".
Je n'ai pas encore rencontré de Russe qui ne défende pas le parti de son pays. Même si c'est difficile pour moi de ne pas juger selon mes propres valeurs occidentales leurs arguments, tenter de comprendre la légitimité qu'ont ces derniers à leurs yeux et la place particulière qu'occupe la Tchétchénie dans leur conscience nationale est une des expériences les plus captivantes qu'il m'ait été donné de vivre en Russie. D'autant plus que ce questionnement ne s'exerce pas uniquement sur les motivations des Russes, mais aussi sur les miennes et ne cesse de remettre en cause ce que je crois savoir sur le conflit.
... Car, jusqu'où peut-on dire que moi aussi, j'ai été en partie manipulée par la presse européenne ? Cette dernière ne s'est jamais réellement impliquée dans le conflit, se contentant de le condamner en fonction de l'intérêt de ses lecteurs, dont l'esprit ne s'émeut que lorsque les droits de l'Homme sont bafoués. Dès lors, il a été facile de ne jouer que sur un terrain moralisateur, accusant à force d'articles scandalisés les Russes de mener une guerre inhumaine. Acculée par une presse européenne déchaînée, la Russie défend le droit de faire primer le droit d'intégrité territoriale, le sentiment patriotique et la peur de la désagrégation d'un ex-Empire fragilisé par l'Histoire, sur les droits de l'Homme, qui, dois-je le rappeler, restent obscurs et incohérents pour la plupart des Russes.
En tant que porteuse de valeurs occidentales (dignité humaine et tout le tintouin), je considère moi aussi les droits de l'Homme comme la finalité qui doit tendre chacune de nos actions politiques. Mais avant d'incriminer la Russie pour sa gestion du conflit tchétchène, rappelons nous que son histoire politique, sociale et culturelle est radicalement différente de la nôtre, et qu'elle ne peut donc avoir le même sens des "priorités" que nous.
Pour qu'elle puisse enfin considérer le respect de la personne humaine comme primordial, il faut arrêter de l'y opposer constamment, cesser de penser à cette valeur comme monopole de l'Occident, et accepter que les droits de l'Homme subissent une légère adaptation aux réalités sociales et politiques de la Russie.
Catch me if you can !
Me voilà bientôt en vacances. Histoire de me reposer un peu de mes péripéties russes, je reviens passer un mois et demi dans ce bon vieil sanatorium qu'est l'Europe.
Qui sait, vous me croiserez peut-être en chemin ?
20 déc. - 23 déc. >>> LONDON (home)
23 déc. - 03 janv. >>> TOKYO (japan)
03 janv. - 14 janv. >>> LONDON (home)
14 janv. - 18 janv. >>> REICHSCHOFFEN
18 janv. - 21 janv. >>> LONDON (home)
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06 fév. - ... >>> retour à moscow (RUSSIA).
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Thursday, 27 November 2008
Premières Neiges
Il neige à Nijni !
Mieux vaut tard que jamais, dit le dicton. Car en effet, cela fait longtemps que nous attendions que la ville se couvre de son manteau blanc. Habituellement, c'est pour la fête de la Révolution (aujourd'hui remballée au placard pour changement officiel d'idéologie) que débarque la poudreuse. Or, elle est arrivée cette année avec plus d'un mois de retard. Les baboushki* se lamentaient chaque jour de plus belle, tandis que les jeunes filles regardaient par la fenêtre pensant désespérément que leur beau manteau de fourrure resterait à nouveau dans l'armoire, puisque la neige ne se décidait pas à venir.
Et puis, un matin, j'ai ouvert la porte et me suis retrouvée nez à carotte avec un bonhomme de neige qu'avaient modelé des enfants malicieux. La ville marche désormais au ralenti, avec un étrange silence, car tous les bruits sont étouffés par l'épaisse pelisse de flocons dont s'est enveloppé Nijni.
Cela ressemblerait fort bien à un tableau idyllique (allez, avouez, vous vous attendiez déjà à ce que je vous décrive les ours se baladant main dans la main dans la rue, les Russes ivres morts proposant de la vodka à la ronde pour aider leurs compatriotes à se protéger du froid, n'est ce pas ?) si ce n'était la présence de vicieux petits détails qui accentuent décidément le pittoresque et la festivité de la chose.
*Les Russes n'ont rien à envier aux Alpes : mis à part le relief, tout y est à l'identique : la température, la demi-tonne de poudreuse par mètre carré, le frimas... sauf que les autochtones n'ont pas encore compris que dans ces conditions extrêmes, les moonboots (vous savez ces grandes chaussures immondes mais SI confortables ?), les lunettes de ski et la grosse vilaine cagoule sont de rigueur. Au contraire, ici, les sports d'hiver se pratiquent en escarpins s'il vous plaît. Il est certain qu'avec mes six centimètres de talons, je m'agrippe solidement au verglas, tel un véritable alpiniste, mais pour courir attraper le bus c'est légèrement moins pratique. Les Russes rivalisent d'élégance : leurs manteaux sont en fourrure (j'avoue avoir laissé quelque peu tomber mes maximes écologiques étant donné l'ampleur du massacre de renards, hermines et autres inoffensives bestioles), les bottes en cuir verni, les peaux toujours aussi bien maquillées...
*Certains m'en voudront pour toujours mais il me faut casser un mythe : la CHAPKA n'est plus à la mode. Je n'ai vu aucun Russe digne de ce nom en porter une. Seuls mes parents ont osé, et on nous remarquait à cent lieues. Cette nouvelle ne provoque pas seulement, j'en suis sûre, le désarroi des vendeurs de chapkas mais aussi celui de tous ceux qui, comme moi, avait surabusé de films soviétiques et romances tolstoïennes. Ah, malheur, lorsqu'on voit ces fiers Russes arborer de pathétique bonnets en cachemire indien ou angora chinois, on se dit que la mondialisation n'a pas que du bien...
*Cela fait longtemps que je m'en doutais, mais désormais, je le sais, j'ai des preuves irréfutables. Voilà maintenant trois mois qu'un immense complot s'organise à Nijni-Novgorod, lieu de tous les vices politiques. Que ce soit les thermomètres ou la dame météo du TF1 local, tous s'accordent à indiquer toujours six bons degrés celsius de plus que ceux que ressent notre corps glacé jusqu'à la moelle. Et les scélérats poussent même la perfidie à falsifier non seulement la température ambiante mais aussi l'heure indiquée !
Exemple : L'écran géant de la place Ménine annonce -6° puis clignote pour afficher l'heure. Il est 15h23, le prochain bus sera d'ici maximum vingt minutes. Non seulement je me congèle le cerveau et les miches dans des conditions extrêmes en l'attendant une bonne heure, mais en plus, le même écran OSE afficher qu'il n'est que 15h32 (à peine dix minutes se seraient donc supposément écoulées depuis mon dernier coup d'oeil) mais EN PLUS, que la température est remontée de trois bons degrés. Or je sais parfaitement qu'il n'en est rien, mais qu'en une heure nous avons pu à la fois frôlé les -15°c et faire un coucou à la calotte glaciaire.
Curieusement, les autobus se font davantage attendre quand il neige, comme si les mouvements de grève russes inexistants s'autocoordinaient avec le climat. Je peux même vous dire que lorsqu'on est en jupe, l'attente s'intensifie d'autant plus... pour mon plus grand bonheur (cherchez l'erreur).
*J'envisage sérieusement depuis l'arrivée du premier flocon de m'acheter une luge, ou au moins, une paire de skis Rossignol (pub pub). Car, une fois expérimentées les joies du coccyx endommagé pour cause de chutes intempestives, on se dit que les talons de six centimètres, ce n'est finalement pas ça qui nous rend stables sur le verglas nijnois. Pourtant, les jeunes slaves environnantes semblent bien s'y accommoder, et je donnerais ma main à couper (ou presque) qu'elles seraient capables de nous improviser de la gymnastique acrobatique sur cette horrible chaussée glissante. Ce n'est en tout cas pas mon cas, et si je n'écoutais pas autant mon irrépressible désir d'intégration, j'enfilerais aussi sec mes bonnes bottes de neiges. Et mes lunettes de ski : comment donc voir à travers cette avalanche permanente de flocons quand on n'est ni le Yéti-des-Glaces, ni Russe depuis son bas-âge ?
Vous l'avez compris, on différencie facilement les autochtones de l'étranger perdu dans l'hiver russe. Ce dernier a cru à tort que de telles conditions climatiques autorisait un relâchement vestimentaire, tandis que les natifs semblent tout droit sortis de la dernière boîte à la mode, malgré le froid environnant. Il pense de plus que la chapka est une preuve d'intégration dans la société locale, alors que celle-ci voit aussitôt en lui un touriste égaré et pro-communiste. Enfin, on le distingue par l'étrange forme de ses fesses (il a caché un oreiller pour protéger son humble derrière des prochaines glissades).
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Néanmoins, il a un avantage... lui seul sait que mentent les thermomètres et la dame météo. (cette vieille bique, je la retiens !)
* pluriel de baboushka, bande d'ignares !
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